Mercredi 24 juin 2009
Ainsi, un préfet poursuit l'auteur d'un courriel envoyé en protestation contre le placement en rétention de sans-papiers de 5 et 7 ans :"J'apprends que l'on autorise l'enfermement d'enfants, cela me rappelle une triste époque où l'on mettait les enfants dans des wagons."Rapporté par un quotidien du Sud-Ouest, le prefet se justifie : "la comparaison avec la période de Vichy fait et fera systématiquement l'objet d'une action en justice".

Et à un sociologue à l'ENA, Eric Fassin (*) publiant son "Point de vue" dans quotidien le Monde de constater : "S'il s'agit bien d'une politique "systématique", n'est-pas aussi "n'est-ce pas révoquer en doute la nature démocratique du régime actuel ?" à mener une intervention judiciaire systématique chaque fois que les comparaisons avec le régime de Vichy seront faite sur la politique d'immigration du gouvernement.

Et de continuer sur le raisonnement : 

"Reste à dissiper une incertitude. En même temps que Vichy, faut-il interdire d'évoquer la Résistance ? Si la comparaison avec Maurice Papon n'est plus autorisée, devra-t-on renoncer aussi à Jean Moulin ? (...)

Pour marquer le respect dû aux préfets d'aujourd'hui, est-il permis de comparer leur action à une courageuse "résistance" contre une occupation étrangère ? Une question en entraîne une autre : interdira-t-on également de rapprocher le Front national du régime de Vichy - ou du vôtre ? Sinon, vous comparer à Jean-Marie Le Pen, ce serait insinuer un rapprochement avec le maréchal Pétain. Soyons donc conséquents : pour préserver le caractère "incomparable" du régime actuel ne vaudrait-il pas mieux proscrire toute comparaison, fût-ce avec Napoléon Bonaparte ou Silvio Berlusconi ? 

Monsieur le Président, vous avez déjà mis en garde contre toute explication sociologique des désordres sociaux : "Quand on veut expliquer l'inexplicable, c'est qu'on s'apprête à excuser l'inexcusable." Face aux désordres démocratiques, il est inévitable d'aller plus loin. Comparer l'incomparable, n'est-ce pas s'apprêter à faire reproche à l'irréprochable ?

Or c'est bien ainsi qu'il faut entendre la "démocratie irréprochable" que vous appelez régulièrement de vos voeux : la liberté n'est pas la licence de critiquer les autorités qui l'incarnent. Si le pouvoir est au-dessus de tout reproche, c'est qu'il n'est pas licite de lui adresser des reproches. C'est en ce sens que notre démocratie est "irréprochable" (...).



Il conclue en ironisant sur les béni oui-oui de la cour ou ces journalistes qui a trop faire de zèle sur la politique présidentielle, finissent peut-être par en devenir ironique ( mais c'est une blague, ndla, biensûr qu'ils ne se permettraient pas !) ...

($) Tiré de "M. Sarkozy, nous ne vous voyons pas assez !" par Eric Fassin publié dans la rubrique Point de Vue du quotidien Le Monde du 23 juin 2009 


Moi sarkozy ce qui est cair c'est que je le vois trop derrière tous nos gestes désormais !! Son ton mielleux du congrès ne doit pas tromper (ndla) 


Eric Fassin est sociologue, Ecole normale supérieure. 
Par BéréniceM - Publié dans : ACTUALITE POLITIQUE
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